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Pot de départ

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On se retrouve dans une ambiance conviviale et festive dans l’endroit qui a hébergé toute l’année nos coups de gueule après Andjel / l’administration / les chefs / le collègue qui ne comprend rien à l’ENT / les parents, à grignoter des cacahuètes et à boire du mousseux, cette fois-ci frais parce qu’on a prévu le coup.

D’un seul coup, pour le/la collègue qui s’en va, tous les défauts et les ressentiments se transforment en nostalgie:

« Ca va me faire bizarre de ne plus avoir de casier qui grince chaque fois que j’ouvre la porte. »

« Peut-être qu’ils auront une machine à café qui fait du vrai café dans mon nouvel établissement ? »

« Quand je pense au nombre de fois où j’ai pu râler après le portail du parking des profs qui ne s’ouvrait pas, et qu’il fallait sortir de sa voiture même à 0° pour pousser la porte. »

« Tu sais quoi ? Je vais avoir du mal de ne plus entendre Eliane râler tous les matins que le niveau baisse. »

On se retrouve entre petits groupes pour parler des vacances, et essayer de concentrer la conversation autour d’autre chose que le boulot. Pas toujours évident.

Chacun fait la queue patiemment au buffet pour se servir avant d’aller s’asseoir à côté des collègues avec lesquels on a envie d’échanger, voire la/les supers stars du jour qui ont eu leur mutation et s’en vont.

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Et c’est bien normal.

On s’échange les recettes : Jipé et sa quiche végétarienne sans pâte, Flo et son saucisson brioché, Super Prozac et son vin d’un « petit producteur local », qui déclenche des sourires en coin et des questions sur son état de santé. « T’es sûr que c’est un bonne idée que tu mélanges alcool et anti-dépresseurs ?  » « Ouais, ça me fait aucun effet secondaire. ». Les chefs le regardent avec inquiétude tenter de trouver une chaise et s’asseoir dessus de façon…approximative, songeant qu’il n’est pas prêt de revenir.

Le club des cinquantenaires explique à la volée qu’elles ne mangent plus de produits transformés parce qu’elles ont lu plein d’articles par rapport à la ménopause, etc… Axel tente discrètement de les esquiver pour s’installer à côté de la CPE vacataire qui semble être à son goût.

On trinque, on se souhaite bonnes vacances, et on distribue les cadeaux à ceux qui s’en vont, avec toujours un petit discours gentil, la carte complétée par un maximum de collègues, et les jeux de mots de Jipé : « Ahahaha ! Avouez que ça va vous manquer, hein ? ». Les heureux mutés se fendent de quelques phrases émues, font un tour de bises pour remercier tout le monde, et rangent précieusement l’enveloppe cadeau.

Puis les « fêtards » qui sont restés jusqu’au bout vont finalement commencer à ranger et faire passer les sacs poubelles avant de prendre la route, après avoir dit au moins une quinzaine de fois : « Cette fois-ci, c’est la bonne ! Bonnes vacances et bonne continuation !! ».

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Ah oui.

J’ai oublié de vous dire.

Le pot de départ, c’était le mien.

Les jeux de mots sur Tamara qui se marra, le fait que je ne serai jamais la belle-fille de Jipé, et l’enveloppe cadeau pour m’acheter plein de choses pour mon nouvel appartement, c’était pour moi.

Les souhaits de bonne continuation et les nombreux « tu vas nous manquer », ils m’étaient adressés.

Je ne quitte pas mon établissement pour aller dans un autre à quelques kilomètres, je rentre chez moi. Dans la ville que je voulais, même pas un vague endroit de l’académie que je réclame à corps et à cris depuis des années.

Avant de me faire assaillir d’accusations d’être chanceuse et d’avoir fricoté avec les IPR, un petit retour en arrière:

Quand je suis arrivée dans le Nord il y a quelques années, jeune néo-titulaire, sans trop de préjugés et avec l’envie de m’investir dans un coin qui en avait besoin, j’ai été accueillie par certains collègues comme une étrangère qui n’avait rien à faire ici.

Parce qu’ils adoraient le collègue que je remplaçais, dès la pré-rentrée, une partie des collègues a refusé de m’adresser la parole.

La suite s’est enchaînée rapidement, et cela m’a pris plusieurs années de psychiatrie avant que j’arrive à placer le mot qui convient : le harcèlement.

Je passerai volontairement sur tout ce que j’ai subi pendant plusieurs mois, d’une part parce que le harcèlement est un mécanisme extrêmement vicieux et donc complexe à expliquer : isoler quelques attitudes et quelques mots ne réussira pas à faire comprendre à un élément extérieur pourquoi vous êtes en pleine dépression, refusez de sortir, de parler, et de voir votre famille et vos amis parce que vous avez honte de ce que vous êtes devenu. D’autre part parce que cela m’a pris longtemps d’accepter d’en parler à un professionnel de la santé qui a complètement halluciné, et que je ne me vois pas déballer tout ça sur un blog.

Je passerai aussi volontairement sur le fait que malgré une intervention tiède du rectorat, c’est moi qui ai été déplacée parce que c’était plus facile, après m’avoir expliqué que l’on comprenait que « j’estime être victime de brimades ». Des brimades, donc. On passe beaucoup de temps à parler du harcèlement scolaire, par contre entre adultes et collègues, on parle de brimades.

Je suis tombée bas, très très bas. C’est la médecine de prévention qui m’a reçue au bout de quelques messages d’alertes de mon syndicat puis de mon principal, et qui a fini par me dire qu’il fallait absolument arrêter la « spirale de destruction » et consulter un psychiatre au plus vite.

« Ce n’est pas normal que vous passiez vos jours d’arrêt à ranger vos affaires au cas où « il vous arrive quelque chose. » « 

« Mais je n’ai pas dit que je voulais me suicider, je ne me vois pas imposer ça à mon entourage, c’est juste que j’aimerais bien ne pas me réveiller parce que je ne pense pas que je vais m’en sortir. »

« Mme T., ce genre de discours est extrêmement inquiétant. Prenez rendez-vous rapidement. »

Je me suis aussi gavée de médicaments, ce qui m’a permis de retourner travailler dans mon nouvel établissement, mais n’a pas réglé les problèmes de sociabilisation. De rigolote et toujours prête à faire la conversation avec mon voisin, le fait d’être dans une salle avec plus d’une personne que je ne connais pas est devenu un cauchemar, ponctuée par des crises de paranoïa et la peur que les collègues incriminés pour « brimades » me retrouvent. D’autant que j’avais pris l’habitude de me cacher en permanence, autant dire que se faire des nouveaux amis et parler de moi ne faisaient pas partie de mes prérogatives.

Les médicaments, petites gélules magiques qui vous permettent de passer une journée sans avoir envie de vous recroqueviller en boule dans votre lit la peur au ventre, mais qui vous affublent des effets secondaires qui vont de l’absence totale de sentiments (d’ailleurs encore à l’heure actuelle, je contrôle mal ce genre de choses), à la panne sexuelle, et au foie/reins qui se mettent à déconner. Ca vend du rêve, non ?

Mon corps a fini par me lâcher petit à petit, ne supportant plus les doses massives de médicaments et le stress permanent. J’ai enchaîné les séjours à l’hôpital, en en cachant à peu près les 3/4 à la famille et aux amis qui n’étaient pas sur place, histoire d’éviter l’inquiétude. J’ai fait une demande de bonification médicale pour espérer me rapprocher d’eux, qui a été refusée. Je suis retournée au travail le plus rapidement possible, en me disant qu’il fallait être occupée pour passer à autre chose, et vite. Ca a marché. Je suis devenu un espèce de robot / zombie apte à bosser mais plus à grand-chose d’autre.

Mais je ne supportais toujours plus l’éloignement et d’être confinée dans un endroit qui ne me plaisait pas, et un ras-le-bol du système de mutations qui me frustrait tous les ans s’est vite installé.

Alors sur la suggestion d’un ami, je me suis lancée dans les vacations de l’université qui était à une heure de route de chez moi. Les mercredis aprems, les cours de 18h à 20h, j’en enchaîné  TD sur TD. Et moi qui pensais faire toute ma carrière dans le secondaire, j’ai découvert que j’adorais enseigner aux étudiants. Moi qui pensais qu’une misérable certifiée n’avait pas sa place dans le milieu universitaire, j’ai découvert que je pouvais apporter autant qu’on me donnait sur place.

J’ai pris part à tous les projets pédagogiques imaginables, me suis investie dans tout ce que la fac proposait, passé tous mes weekends, toutes mes vacances à préparer des nouvelles séquences, bosser sur un dossier, proposer en permanence de nouvelles choses, prendre tous les niveaux de licence, les masters…. J’ai bossé comme une malade pendant 3 ans, en fait. Dans le but de me construire un CV en béton et d’être recrutée sur un poste permanent, mais chez moi.

D’où mon absence du blog 😉

« C’est vraiment dommage que nous n’ayons pas de poste de titulaire à vous proposer, Tamara, vous êtes une excellente vacataire et nous vous recruterions sans problème. »

Sauf que j’avais décidé de rentrer et que ça suffisait d’être prise en otage par un système qui ne m’a guère épargné.

J’ai fait beaucoup d’allers-retours et d’entretien dans MA ville pour espérer rentrer. Travaillé ma présentation, tenté de redevenir comme avant : rigolote, avec la pêche, pleine de punchlines.

Et j’ai réussi. Recrutée au bout d’une dizaine d’entretiens. Contrat signé.

Je ne sais pas combien de personnes autour de moi ont cru que j’arriverais vraiment un jour à me faire embaucher dans une grande fac, combien ont été agacés par mon insistance à m’entendre répéter encore et encore que je finirais par rentrer, et combien se sont fait la réflexion que c’était peine perdue et qu’il fallait se résigner. On me l’a dit, même. D’accepter que ça viendrait d’ici une dizaine d’années (peut-être ?), d’acheter une petite maison et d’attendre sans augmenter mon ulcère.

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L’expression estomaquée générale quand j’ai annoncé que je partais en salle des profs restera gravée dans ma mémoire. Comme celle du chef.

Je balance tout aujourd’hui pour dire que personne ne doit être le roi/la reine de la salle des profs et décider de qui est in ou out. Pour dire que tout le monde doit faire attention à ce genre de comportement et doit agir au maximum pour l’empêcher et protéger les victimes.

Victime, le mot que le psychiatre n’a réussi à me faire prononcer qu’au bout d’1 an, parce que c’est plus facile de penser qu’on l’a cherché et qu’on a eu un impact sur notre triste sort plutôt de se convaincre que ça nous est tombé dessus sans qu’on l’aie mérité.

On passe des heures et des heures à expliquer aux ados l’empathie, tout en acceptant de se faire menacer par sa hiérarchie, ou les saloperies des collègues qui se croient tout permis.

On m’a recommandé plusieurs fois de ne pas parler de cette histoire, pour que ma vie professionnelle se déroule sans encombre, que les collègues ne me jugent pas comme une fouteuse de merde, et que ça ne recommence pas. Des personnes sans nul doute bien intentionnées, mais qui ne savent pas vraiment ce que c’est d’être harcelé.

Sauf qu’au 21è siècle, la liberté d’expression est toujours d’actualité, que je ne vais pas me cantonner au rôle de la fragile victime silencieuse qui doit se cacher pour le reste de sa vie, et qu’il faut pousser les autres à sortir de leur mutisme pour arrêter les comportements de cour de récré qui sont inadmissibles pour des employés de « l’Education Nationale ».

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Les cartons sont fermés.

Je ne sais pas trop si je vais continuer ce blog qui était déjà bien en jachère (on ne va pas se mentir) et en même temps je me dis que j’aurai peut-être envie de poursuivre l’écriture de mes « aventures ».

Je souhaite à tous ceux qui bossent et ceux qui ne bossent pas (les feignasses de l’Education Nationale, bien entendu), un excellent été !

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Tribute

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Voilà un post que j’aurais dû écrire depuis longtemps. Depuis le début de ma carrière, en fait (7 ans, déjà !).

Je l’ai commencé, recommencé plusieurs fois, remanié. Je n’en serai jamais contente, mais tant pis.

Il est destiné à rendre hommage à tous ceux qui s’activent pour nous rendre la vie plus facile, tous les jours. Qui ne s’offusquent de rien, sont ravis de nous saluer tous les matins, car ce sont eux qui nous accueillent. Premiers arrivés, derniers partis.

Ils se plaignent peu, n’écrivent pas comme les profs des blogs en pagaille pour raconter leurs mésaventures, alors qu’ils en auraient tellement à dire…

Les agents d’entretien et techniques.

Ce sont eux qui réparent tout ce qui peut potentiellement être cassé par un gamin, installent le nouveau matériel avec plaisir, nous dépannent. La batterie de voiture qui refuse de démarrer ? Il y aura toujours quelqu’un pour vous aider, vous la remplacer, vérifier l’état de vos pneus.

Un élève malade, une élève qui fait une crise de panique, ou une scène de violence ? Les agents d’entretien ne vous laisseront pas seuls.

Ce sont eux qui font en sorte que nous ayons une salle propre tous les matins, quel que soit l’état dans laquelle vous l’avez laissée.

Ma fée à moi, la star de l’étage depuis vingt ans, celle dont j’ai déjà parlé d’elle plusieurs fois, c’est Christiane M.

Christiane, c’est la fée du logis qui console les élèves qui pleurent, aide efficacement et discrètement ceux qui ont un accident, nettoie les flaques rapidement, sans jamais rouspéter.

Christiane cède régulièrement à mes caprices et ramène le balais / chiffon / produit ménager, quand j’exige que les élèves nettoient leurs chef-d’oeuvres.

Christiane, même au bout de 5 ans, me remercie ENCORE quand je l’aide à ramasser les papiers par terre.

Christiane est toujours postée dans les couloirs, que ce soit pour nous prêter main-forte en cas de conflit, ou pour rire avec nous, s’émerveiller quand les élèves chantent, s’amusent, claquent des doigts.

C’est Christiane qui a assisté depuis la porte à mon cours avec les SEGPAs, pendant lequel ils m’ont expliqué leurs différents stages, dans le calme. Ils étaient tellement contents que je leur laisse la parole et que je leur demande de m’expliquer des choses, que personne n’en a profité. Aucun anglais pendant cette heure de cours, mais beaucoup de tensions en moins.

Christiane m’a aussi déposée aux urgences le mois dernier, quand je me suis fait casser le pied par un troisième incontrôlable. Elle m’a envoyé texto sur texto, pour être sûre que « tout allait bien ».

Christiane est toujours la première à débarquer après une leçon particulièrement mouvementée, pour nous réconforter. C’est donc toujours vers Christiane que l’on se tourne quand on ramène des gâteaux, des cadeaux. On la chouchoute, parce qu’on sait bien que l’étage ne serait pas le même sans ses doigts de fée, son calme olympien, et sa bienveillance naturelle.

Les élèves qui se sont aventurés à manquer de respect à notre fée locale se sont toujours fait allumer par les enseignants, et dans les règles de l’art. Pas touche à Christiane !

Sauf que Christiane, depuis 3 semaines, avait un mal de dos du tonnerre, qui a nécessité un arrêt de son médecin. Son deuxième arrêt dans toute sa carrière. Elle nous a envoyé quelques textos, nous a dit qu’elle pensait bien à nous. A l’étage, les agents d’entretien se relaient pour que tout reste bien propre, mais les matins ne chantent pas trop sans notre Christiane pour nous accueillir.

Ce midi, alors que nous étions en train de faire des selfies avec Axel, Flo et Mélanie, pour les envoyer à Christiane, Jipé est arrivé en salle des profs, l’air inquiet.

« Dites-donc, les jeunes, le chef est en route par ici, et il tire une tronche du tonnerre. Qu’est-ce que vous avez ENCORE fait ? »

Je m’offusque direct :

« C’est pas moi, sur ce coup-là ! J’ai rien prévu avec le syndicat, et il est déjà au courant de ma dernière plainte à la gendarmerie !! »

« Il s’est fait engueuler par un parent d’élève, ou le CHSCT a encore menacé de débarquer, à mon avis. »

En voyant la mine grise foncé du principal, je constate qu’effectivement, c’est pas sa journée. Il attend péniblement que les profs se taisent pour faire son annonce.

« S’il vous plaît…s’il vous plaît… »

Le club des cinquantenaires lance des regards réprobateurs, ce qui a pour effet de considérablement baisser le niveau sonore.

« Merci. J’avais une annonce à vous faire, assez triste en fait. Je sais que la plupart d’entre vous connaissent très bien et apprécient énormément Mme M, enfin, Christiane.

Elle était en arrêt ces derniers temps, mais je crois qu’elle n’avait pas voulu dire pourquoi à la plupart d’entre vous, ou en tout cas elle ne vous a pas donné la bonne raison, parce qu’elle ne voulait inquiéter personne.

Les médecins lui avaient trouvé un cancer beaucoup trop avancé pour faire quoi que ce soit, et malheureusement, son mari m’a appelé ce matin pour me dire qu’elle était décédée ce week-end. »

La chape de plomb qui s’abat sur la salle des profs à ce moment précis est étouffante. Je suis complètement paralysée, et ai l’impression que l’information refuse d’arriver à mon cerveau. Le chef est extrêmement mal à l’aise face au silence pesant, mais il continue.

« Son enterrement est mercredi, et je pense que vous serez beaucoup à vouloir y assister. Moi compris, d’ailleurs. Je laisse une feuille au tableau pour que vous puissiez vous inscrire, afin que nous nous organisions pour l’accueil des élèves. Je me charge de prévenir par téléphone les collègues qui ne sont pas là aujourd’hui. »

Il punaise la feuille au tableau d’affichage, nous lance un dernier regard, et s’en va. Personne ne dit rien. Je me lève péniblement avec mes béquilles pour aller inscrire mon nom sur la feuille, et surtout m’en aller très très vite de cette salle des profs. Je ne veux pas entendre les fragments de conversation qui vont se produire d’ici quelques minutes, les « ma belle-soeur, c’est pareil, elle est partie tellement vite ! », les réactions choquées…

Je m’installe dans ma salle à mon bureau, complètement sonnée, incapable de réagir. Les larmes ne finissent par sortir que quand le clan des anciens néotits déboule dans ma classe, les visages ravagés. C’est donc vrai, elle ne reviendra pas.

Il a fallu continuer les cours dans l’après-midi, malgré les mines défaites des collégiens, et nos coeurs lourds de chagrin. Nous avons passé la soirée à venir à échanger des messages pour préparer l’enterrement de notre fée Christiane. Les petits mots, les morceaux de musique, la banderole, les fleurs.

 

Christiane est partie dans une traînée de poussière d’étoile.

Personne n’est prêt à lui dire au revoir.

L’étage est vide.

 

Le retour

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Les collègues ont pris au mot la décision de faire la rentrée en musique par notre tout nouveau ministère, et ont donc décidé d’organiser un karaoké en salle des profs en attendant l’arrivée des petits 6èmes. Vidéoprojecteur, enceintes : ils n’ont économisé sur rien. Au plus grand désespoir des chefs, qui viennent vite fermer les fenêtres pour éviter que les parents nous entendent.

En regardant Jipé se déhancher sur du Sardou, je me fais la réflexion que je ne pourrai plus jamais prendre ce mec au sérieux.

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« Alleeeeeeeez ! Fais pas ta rabat-joie ! »

« Vous faites peur aux néotits, avec vos conneries !! »

« TAMARA, AVEC NOUS, TAMARA, AVEC NOUS ! »

Je finis par céder, et entonne comme tout le monde, les lacs du Connemara, histoire de se mettre dans l’ambiance avant de me diriger vers la cour de récré pour « prendre mes fonctions ».

Quand je vois arriver les petits 6èmes, impressionnés et silencieux et qui me regardent comme si j’étais leur nouveau prophète, je pense à ma première rentrée en tant que prof, encadrée par ma principale et mon CPE, et je me dis que ça fait déjà 7 ans, même si j’ai l’impression que c’était hier.

Sacha me dévisage derrière ses grosses lunettes, et je me retiens difficilement de sourire devant ses baskets clignotantes – la droite ne fonctionne plus, ce qui semble le perturber grandement. Il se recule avec dégoût lorsque Joséphine s’avance vers lui : « Je peux te tenir la main ? ».

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Alors que nous nous rasseyons dans la salle, les petits nouveaux font la connaissance de notre toute nouvelle CPE, arrivée depuis que Super Prozac est en arrêt longue maladie.

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Axel passe la tête par la porte pendant que les sixièmes écoutent religieusement Anne-la-CPE (pourvu que ça dure !).

« J’ai un gamin qui a récupéré l’agenda de l’année dernière de son frère. Tu en aurais dans ta réserve ? »

Ma réserve est constituée de TOUS les agendas, trousses, stylos, feutres, crayons  de couleurs, cahiers, gommes, cahiers de texte, que je peux récupérer gratuitement dans les mutuelles, banques, hôtels, syndicats, soit en demandant, soit en me servant copieusement. Même Queen Mum s’est mis à récolter des fournitures, effarée d’entendre mes anecdotes sur ces élèves qui n’ont jamais d’affaire et les parents qui oublient qu’il faut une trousse pour aller au collège.

C’est donc la quatrième année que je débarque avec des énormes sacs de courses pour remplir mes étagères, et essayer de faire face à la pénurie de matériel scolaire qui semble toucher régulièrement les Hauts de France. Certains élèves tirent la tronche régulièrement devant les stylos Crédit Mutuel, SNES, Formule 1, mais au final, ils sont tellement à les utiliser que ça n’a plus d’importance.

A 12h, juste avant la pause, avant que j’escorte tout le monde à la cantine, Mattéo que j’avais l’année dernière et qui est maintenant un « grand » cinquième, vient m’offrir un cadeau de rentrée.

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Je le remercie chaleureusement et le range précieusement dans mon sac.

A la cantine, Julien, Axel et Mélanie me racontent d’un air hilare, que, suite à l’intervention de l’IPR d’anglais, Richard, mon collègue aux méthodes du Moyen-Age, s’est fait « confisquer » son rétro-projecteur.

Oui, oui, je parle bien d’un rétro-projecteur. Ce truc là :

rétroprojecteur

« Fais gaffe, apparemment il te cherche pour te demander si tu peux lui scanner ses docs sur transparents. »

« Vu le nombre de fois où il m’a envoyé chier quand je lui ai proposé de l’aide, le mec peut se brosser ! »

« Nan mais Tam ! Tu as l’occaz d’avoir accès à TOUTE sa collection de transparents depuis 1981 ! Même toi t’étais pas n… »

« C’est bon, Flo, on a compris. »

5 minutes plus tard, alors que je tente de réhabituer mes papilles à l’immonde tisane de café servie par la machine en salle des profs, Richard m’aborde d’une voix mielleuse. Je manque de recracher le liquide infâme censé me donner de l’énergie pour le reste de la journée.

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Il me tend une énorme pochette grise, qui contient donc les précieux documents indispensables à sa carrière.

« Je me demandais si tu pouvais me scanner mes documents vu que le rétro-projecteur de ma salle est cassé, apparemment. Tu me l’avais proposé il y a quelques temps. »

« Y’a 3 ans, oui. Tu m’avais dit que ça ne t’intéressait pas, d’ailleurs. »

Silence gêné.

« Je veux bien te scanner tes documents, mais j’ai quoi en échange ? »

Regard interloqué de Richard, qui pensait que, du fait qu’il était mon aîné, avait droit de vie et de mort sur les esclaves que sont pour lui les collègues plus jeunes.

Big Challenge

Le Big Challenge, pour les néophytes, c’est ce concours d’anglais national organisé sur tous les collèges. Les élèves qui s’inscrivent gagnent des petits lots, et un diplôme. Je suis apparemment la seule capable de récupérer la participation financière des élèves et de commander le matériel.

Richard fronce les sourcils, visiblement furieux de se faire racketter de la sorte, mais fini par accepter.

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J’ai passé ma soirée à scanner des transparents issus des bouquins Apple Pie. Et ben franchement, pour l’aspect culturel et historique, ça valait le coup.

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Tout ça pour dire que oui, Tamara is back !

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Enough is enough..

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KEEP CALM

Manchester United

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L’excellente Charline Vanhoenacker a résumé l’essentiel.

Etre lâche, c’est aussi penser que c’est top moumoute d’envoyer des jeunes se faire exploser au milieu d’autres jeunes et d’enfants pendant qu’on se dore la pilule au milieu de ses esclaves.

On continuera de sortir, en tentant de faire taire la petite voix qui nous dit qu’on a peur, que ce n’est pas prudent, et que c’est peut-être la dernière fois qu’on voit le monde, les gens, notre famille.

On pense en priorité aux familles qui ne comprennent certainement pas comment la Terre peut encore tourner, le soleil briller, les magasins ouvrir et les oiseaux voler dans le ciel, alors que leur vie est dévastée.

on vous emmerde

manchester

Lutte contre le harcèlement

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Cela fait quelques années que le Ministère de l’Education Nationale lutte contre le harcèlement scolaire.

La plupart d’entre nous l’ont vécu, de façon plus ou moins violente: les moqueries, la violence verbale, physique, les humiliations…

L’esprit de groupe, de corpo, la pression par les pairs : tu es avec ou contre nous, tu participes ou tu subis, tu rigoles ou tu te fais exclure. Cette espèce d’ambiance difficile à décrire où l’on se sent obligé(e) de suivre le mouvement parce qu’on sent que sinon, on va le payer.

C’est toujours difficile en tant qu’enseignant(e) de lutter contre tout ce qui se passe dans notre dos, dans les couloirs, la cour de récré, de parvenir à voir ce qu’on arrive pas toujours à déceler, de trouver la bonne méthode, arriver à ne pas céder à l’émotion sans se cadenasser, et de ne pas reporter sur certaines situations ce qu’on a pu vivre personnellement.

J’ai souvent entendu dire que ça s’arrangeait avec l’âge, et que quand on quittait l’adolescence, tout allait mieux. Ce n’est que partiellement vrai, et j’en ai fait les frais quand je suis arrivée dans les Hauts de France, expérience sur laquelle je ne me suis pas encore épanchée jusqu’à présent parce que je ne suis pas complètement prête, mais je le ferai un jour.

Il y a une émission, en particulier, qui me donne raison, et me fout la rage au ventre et les larmes aux yeux chaque fois que je vois des extraits. J’en ai déjà parlé ici, il s’agit de Touche Pas A Mon Poste.

La preuve par vidéo que l’audimat et le fric justifient un comportement de harcèlement scolaire. Celui-là même pour lequel on fait des vidéos avec des jeunes qui se sont mutilés dans l’espoir de mourir, parce que quand on est victime de harcèlement, on pense souvent que c’est la seule solution. Les articles tragiques d’ados qui se suicident à 11, 13, 15 ans, avec des parents effondrés, qui désignent, parfois à raison, le coupable, en l’occurence l’école qui n’a rien vu et/ou rien fait.

Pour une fois, ce n’est pas sur l’Education Nationale que je veux lancer une polémique, mais juste qu’on m’explique comment d’un côté on peut faire une campagne sur le harcèlement scolaire pour sensbiliser les ados, alors qu’ils ont accès à ce genre de vidéos à la télé, qui reproduit EXACTEMENT les types de scènes contre lesquelles nous tentons de lutter au quotidien.

On peut rire de tout, mais pas au détriment de n’importe qui.

La victimisation qu’utilisent Hanouna and co pour après se dédouaner me donne envie de vomir Vous n’avez pas le droit de manipuler les personnes qui n’ont pas le recul nécessaire pour vous dire que vous avez tort. Vous n’avez pas le droit d’utiliser vos téléspectateurs. Vous n’avez pas le droit d’humilier vos chroniqueurs, qui sont soit inconscients, soit cèdent à votre pression et au désir d’être exposé médiatiquement, et de dire que l’humour excuse tout. Vous n’avez pas le droit de faire présenter une émission à une femme déguisée en carotte, pendant la journée internationale des droits des femmes. Vous n’avez pas le droit de parodier un homosexuel alors que nous sommes en pleine lutte contre l’homophobie.

Halte à la normalisation de l’humiliation.

 Il est temps que le CSA agisse.

Au fait !

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